+33(0)6 45 24 99 40 eshallon@lessolutionsdestelle.fr

Pourquoi je privilégie l’emploi du terme « social » plutôt que « sociétal » lorsque je parle de politique RSE ?

Lorsque l’on parle de RSE, on a tendance à parler de Responsabilité Sociétale des Entreprises, et de façon marginale de Responsabilité Sociale des Entreprises.

Le terme sociétal est semble-t-il apparu d’abord en anglais en 1929 avec T.F. Abel dans sa traduction d’un ouvrage de G. Simmel et serait issu d’une distinction opérée en langue allemande entre les termes gesellschaftlich et sozial.

Le terme s’est peu à peu implanté dans notre vocabulaire en français et dans d’autres langues et est ainsi aujourd’hui couramment employé.

Quelle différence entre les deux termes ?

Si l’on s’intéresse aux définitions, par exemple du Larousse :

Sociétal

« Qui se rapporte aux divers aspects de la vie sociale des individus, en ce qu’ils constituent une société organisée. »

Social

1) « Qui se rapporte à une société, à une collectivité humaine considérée comme une entité propre » ;

2) «  Qui intéresse les rapports entre un individu et les autres membres de la collectivité » ;

3) « Qui concerne les relations entre les membres de la société ou l’organisation de ses membres en groupes, en classes » ;

4) « Se dit de métiers, d’organismes, d’activités s’intéressant soit aux rapports entre les individus, les groupes dans la société, soit aux conditions économiques, psychologiques des membres de la société » ;

5) « Qui concerne l’amélioration des conditions de vie et, en particulier, des conditions matérielles des membres de la société ».

À titre personnel, j’ai des difficultés à percevoir en quoi le sociétal n’est pas le social.

Durant mes deux mémoires de recherche en sciences humaines et sociales, je n’ai jamais employé le terme sociétal – je ne l’ai jamais croisé non plus, la fin de mes études date de 2017. Ceci ne m’a pas empêché de décrire des choses se rapportant « aux divers aspects de la vie sociale des individus, en ce qu’ils constituent une société organisée ». C’était même le sujet de mes travaux !

 Si j’entends et reconnaît la légitimité d’utiliser le terme sociétal pour aborder les questions sociales, ou de société, dans leur dimension peut-être plus politique, juridique ou « morale », cette distinction me paraît quelque peu artificielle et porter en elle une forme de hiérarchisation entre des préoccupations qui, en réalité, sont sensiblement les mêmes

Pourquoi y vois-je une hiérarchisation ?

Parce que le terme social semble être devenu peu à peu associé à une vision négative : sécurité sociale, travail social, aide sociale à l’enfance, politique sociale, « cas social » ou « cassos »… On a même préféré le terme « charges sociales » à celui de « cotisations sociales », renforçant ainsi la connotation négative, d’un supposé assistanat, d’une démarche d’aide plutôt que de solidarité et d’une forme d’interaction nécessaire au sein d’une société inégalitaire.

Mon choix de ne pas parler de « responsabilité sociétale » est peut-être – après tout et pourquoi pas – une réaction aussi épidermique à un néologisme que d’aucun aurait vis-à-vis des anglicismes qui nous amènent à « liker » ou à « disrupter des process ».

Néanmoins, mon sentiment d’inconfort concernant ce terme me suffit à ne pas l’utiliser au quotidien, même si je n’en tiendrais jamais rigueur à d’autres de le faire.

Enfin, parler de responsabilité sociale et environnementale est aussi ma manière à moi de « remettre l’église au milieu du village » et de rappeler que les questions sociales et environnementales devraient être des préoccupations centrales dans tout projet et toute initiative. Il est à mon sens essentiel aujourd’hui, aux vues des bouleversements actuels et probablement futurs – détérioration du climat et des écosystèmes naturels ; inégalités croissantes ; reconfigurations économiques ; crises politiques, de territoires, économiques… – de rappeler qu’une organisation, quelle qu’elle soit, existe au sein d’un écosystème complexe ; qu’elle a des interactions et interdépendances avec celui-ci – c’est-à-dire qu’elle en fait partie – et qu’elle doit agir en conséquence. En sommes, une organisation n’existe pas ex-nihilo.

Le terme sociétal me paraît trop flou, trop générique et « propre », pour décrire cette réalité qui se joue autant à des échelles locales, nationales que globales.

Alors je parle de responsabilité sociale et de responsabilité environnementale.

Peut-être devrais-je parler de responsabilité sociale et environnementale de entreprises et introduire l’abréviation « RSEE ?

Nos derniers articles

Besoin d’infos ?